Qu’ont en commun Iron man, un renard à casquette et le dragon Smaug ? Mais voyons, c’est élémentaire mon cher Watson.

« Si vous connaissiez Sherlock Holmes, dit-il, vous n’aimeriez peut-être pas l’avoir pour compagnon. ». Voilà la première description que le lecteur put avoir de ce cher M. Holmes en 1887. Pour ma part, je l’ai connu dans l’adaptation faite par Miyazaki. À cette époque, le générique parlait de lui d’une façon bien plus élogieuse. « Le plus grand des détective, oui c’est lui. Sherlock Holmes, le voici. ». En fait, le fameux détective a été adapté de nombreuses fois, en livre comme au cinéma, avec plus ou moins de respect pour l’œuvre originale. Mais nous y reviendrons, car un bon détective n’abandonne jamais une affaire.

Pour votre moustache Watson, vous êtes sûr?

Pour votre moustache Watson, vous êtes sûr?

Vint un beau jour de l’an de grâce 2010 qui vit la sortie de deux adaptions sans lien entre elles : un film américain et une série anglaise. Le film fonctionna très bien : Sans doute, la présence au casting de Robert Downey Junior y était-elle pour quelque chose (et Jude Law aussi, mais, ho mon Dieu ! Cette moustache !). Notre ami Robert aime jouer les personnages décalés. Aussi semblait-il évident pour incarner un être aussi étrange que Sherlock. Le film nous montre un homme très calculateur, expliquant son raisonnement en voix off, notamment lors de scène de boxe en Bullet time (sniff). Un personnage très curieux également, n’hésitant pas à tester des produits psychotropes sur son chien (et la SPA laisse passer).

Sexy moustache

Sexy moustache

Ce film se rapproche ainsi d’avantage des nouvelles que ces prédécesseurs (déjà, nous n’avons pas à faire à des animaux comme dans Miyazaki, mais il y en eut bien d’autres). Il nous présente M. Holmes comme un excentrique. Mais un excentrique auquel on s’attache facilement, parfois drôle, que l’on est susceptible de comprendre et qui évolue dans un long métrage d’action. On dira que la réalisation hollywoodienne est allée aussi loin que possible dans le politiquement correct et a produit une très bonne œuvre.

Toutefois, Sherlock n’est pas qu’un excentrique. C’est un parfait égoïste, froid, calculateur, sociopathie, toxicomane, imbu de lui-même avec une petite touche d’autisme (ce qui n’est pas un défaut, mais finit de nous le rendre à jamais inaccessible). Pour résumer, c’est un bon connard. Mais alors, pourquoi a-t-il survécu à son auteur ? Comment a-t-il rencontrer un succès tel que Sir Arthur Conan Doyle dût le ressusciter sous la pression des lecteurs (assassin !). Demandons à l’une de nos stars actuelles ce qu’elle en pense.

— Mlle Nabilla Non rien. Laissez tomber.

Eh bien figurez-vous que derrière cet homme détestable se trouve le plus grand génie de son temps. Et nous voilà à l’admirer, à envier les capacités cognitives de cet homme qui transpire l’intelligence par tous les pores (accompagnée de quelques substances illicites). Ces aventures sont retranscrites dans des romans et nouvelles policières bien ficelées autour d’enquêtes où il sera toujours difficile de deviner la solution avant la révélation finale. Peut-être lui doit-on toutes ces séries modernes de police médico-légale, mais j’aurais peur de m’avancer un peu trop.

Et c’est ainsi que nous arrivons à l’adaptation anglaise de 2010 qui révéla l’acteur Benedict Cumberbatch. Sa carrière ne débute pas avec cette série, mais il y est excellent. Le garçon semble aimer jouer au génie puisqu’il avait déjà incarné Stephen Hawking en 2004. Il continuera dans cette veine en interprétant Alan Turing en 2014, et mettra le feu aux planches en prêtant sa voix à Smaug la même année (et je ne permets pas que l’on critique mes jeux de mot). Alors on pourra dire que le dragon ne fait pas la démonstration d’un QI hors norme, mais il y donne la réplique à un Watson aux pieds poilus, ici joué par Martin Freeman. Cet homme est l’incarnation du flegme britannique dont les Hobbits sont la caricature. Alors est-il un bon choix pour ce vétéran de la guerre d’Afghanistan (la géo-politique au service du respect d’une œuvre : un conflit enflamme la même partie du globe en 2014 et en 1887. Monde de merde) ?

Mais c'est quoi votre problème avec la moustache de Watson?

Mais c’est quoi votre problème avec la moustache de Watson?

Si dans l’œuvre originale, Dr. Watson est surtout là pour suivre M. Holmes, lui servir d’interlocuteur et nous délivrer ses chroniques de façon réaliste, ce dernier prend bien plus de poids dans la série. Le flegme de l’un compense la folie de l’autre pour un duo bien équilibré. Leur couple donne même droit à quelques remarques comiques au regard de leur ambivalence sans jugement aucun, sauf sur notre propre vision de deux hommes proches. Et c’est là que la réalisation excelle. Car si elle place les événements à notre époque, elle est extrêmement fidèle au matériau d’origine. La scène de la rencontre entre les deux protagonistes est en cela un exemple bluffant. C’est la même, à la ligne près. La montre à gousset est juste remplacée par un smartphone, les dialogues sont identiques et tombent juste. Sherlock était un nerd à l’époque, il est toujours un nerd aujourd’hui et sait tirer profit des nouvelles technologies. C’était un toxicomane à l’époque et cela nous est montré aujourd’hui, sans sentimentalisme, sans moralisation, mais sans encouragement non plus. Finalement, les nouvelles sont constamment utilisées dans la série mais modernisées avec soin. Au fil des saisons, nous noterons toutefois l’évolution du rapport de Sherlock envers Watson, de la froide utilité à l’amitié sincère. Mais cela n’ôtera pas l’asociabilité du premier envers le second et on espère que les scénaristes ne seront pas tentés de trop l’humaniser.

La fidélité, c’est bien, mais si on s’en fout du bouquin, la série vaut-elle le coup ? Eh bien, en toute objectivité (si, si, je vous assure), oui ! La réalisation est fluide et moderne. L’incrustation des textes dans l’image (à la lecture d’indices ou de SMS) sert parfaitement le propos. Elle nous donne les même indications qu’aux personnages sans couper l’action, recourir à des plans « placement de produit » de mains tremblantes tenant un téléphone, ou nous sortir du récit par une voix off. Nous ne sommes pas dans la tête de Sherlock, il n’y a donc pas besoin de cut intrigant, car le personnage ne délivre pas ses pensées. Nous ne pouvons, tout comme Watson, que regarder sa folie magnifiquement jouée.

C'est fou.

C’est fou.

Le format de la série n’est pas des plus courants puisque les saisons sont constituées de 3 épisodes de 90 minutes chacune. Ce sont de véritables films, très soignés et dynamiques sans tomber dans l’action à outrance. Si les Américains ont tendance à rester très académiques dans leurs mises en scène, les Anglais savent jouer sur les plans, les décors et le rythme pour servir l’histoire. Au-delà de l’intrigue, ce sont surtout les personnages qui nous accrochent. Il n’y a pas d’idiot ou de faire-valoir et tous les acteurs sont bons. Le comportement de Sherlock est un régal et malgré ses abus, reste toujours crédible. Le cinéma et la télévision nous ont déjà proposé plusieurs génies fous sans être farfelus (l’attendrissant John Nash dans « Un homme d’exception », l’énigmatique et obsédé Gaïus Baltar dans « Battlestar Galactica »). Ce sont des personnages très intéressants à suivre et M. Holmes n’en est pas le dernier.

« Il est bien gentil ce garçon, de nous refaire tout l’historique, mais ça fait presque deux ans que nous n’avons rien vu de neuf, excepté un épisode spécial pour le nouvel an. ». Alors tout d’abord, je ne vous permets pas de me couper dans mon article, bande de malotrus. Ensuite, je suis venu vous annoncer le début du tournage de la saison 4. Une rumeur circule autour d’une sortie pour noël, mais il est plus probable de devoir attendre 2017 avant de la retrouver sur nos écrans. Mais elle est en route.

De grandes annonces sont faites à propos du nouveau grand méchant qui devrait être interprété par Toby Jones. Ce dernier n’est pas un débutant dans le milieu et affiche une filmographie conséquente. C’est un comédien très demandé mais un abonné aux seconds rôles. Il fait partie de ces bons acteurs qui ont une « gueule » qui l’empêcheront éternellement d’accéder au rôle vedette.

Je ne l'ai pas trouvé moustachu. J'en suis navré.

Je ne l’ai pas trouvé moustachu. J’en suis navré.

Beaucoup de bruit autour de lui donc, mais très peu d’informations, car le personnage qu’il incarnera reste un mystère. Alors enfilons notre casquette et notre trench-coat et trouvons des indices. Si vous n’avez pas encore vu cette série (il est temps de rattraper cette erreur, la saison 3 est encore disponible pour quelques jours en Replay sur France 4), la suite peut vous révéler quelques éléments de l’intrigue.

L’existence des écrits nous ouvre la voie. Il est peu probable que les scénaristes nous sortent un personnage du chapeau. Alors, où nous situons-nous dans l’intrigue ? Sherlock a déjà mystifié son monde en se la jouant Jésus. Moriarty était théoriquement mort (le dernier twist à son sujet nous fera douter pendant deux longues années, de quoi en vouloir aux auteurs). Il est un homme que cela peut mettre en rogne, c’est le colonel Sebastian Moran. Il est le bras droit de Moriarty que nous n’avons pas encore rencontré dans cette aventure télévisuelle et aurait toutes les raisons du monde d’en vouloir personnellement au détective. Moran est un homme d’action qui n’est pas là pour concurrencer l’intellect de Sherlock, c’était le rôle de Moriarty. Cette vengeance mettra directement la vie de notre héros en danger.

Si cette supposition est correcte, avec l’arrivée du bébé de Watson et Mary, cette suite pourrait devenir plus personnelle, voire sentimentale. Car on murmure dans les couloirs que la série manquerait de personnages féminins. Si je suis pour l’équité, j’espère qu’ils n’essaieront pas de les introduire par une romance avec Sherlock, trahissant de ce fait l’esprit du personnage. Irène Adler possède un caractère fort et une grande intelligence qui fascine le détective et cela doit rester ainsi. Toutefois Mary est, dans cette adaptation, devenue une femme également très intelligente. Les cerveaux pourraient devenir trop nombreux pour conserver un bon équilibre. Molly, la médecin légiste devrait prendre plus de place d’après les rumeurs. Elle a son importance dans plusieurs épisodes, mais sa présence et son amour pour Holmes restent anecdotiques.

Sir Arthur Conan Doyle ou l'indomptable moustache.

Sir Arthur Conan Doyle ou l’indomptable moustache.

Les spéculations vont bon train, et quelques longs mois d’insoutenable attente s’écouleront encore avant d’obtenir une réponse. Mais, comme disait ce célèbre détective : « Lorsque vous avez éliminé l’impossible, ce qui reste, si improbable soit-il, est nécessairement la vérité. »