Jean-Marc avait maintenant fait le tour des plateformes de VOD et SVOD légales, et il en avait tiré d’intéressants enseignements. Tout d’abord, pour les plateformes proposant des vidéos à l’acte (VOD), les prix étaient bien plus élevés que sur les plateformes par abonnement. Et le contenu plus récent. Ensuite, les offres des plateformes par abonnement étaient pour les accros aux séries relativement pauvres. Certes, le nombre de contenus était suffisant, mais la qualité et la fraîcheur de ces derniers laissait à désirer. Cela expliquait sans aucun doute le succès de Netflix, qui diffusait ses propres séries.

Mais pourquoi des offres aussi mal conçues ? Pourquoi proposer des offres datées avec des films de plus de 3 ans ?

Il savait qu’il ne trouverait pas la réponse en visitant d’autres plateformes. La réponse devait se trouver dans sa bibliothèque. LA bibliothèque. Car quand il faut trouver un angle d’attaque, il faut avant tout se renseigner sur la loi. Et les textes de loi, il les avait tous.

La loi, c’est … compliqué

La petite librairie privée de Jean-Marc

La petite librairie privée de Jean-Marc

Heureusement que c’était à lui de se charger de cette recherche. Yves aurait rapidement désorganisé toute sa librairie avec ses méthodes anarchiques. Quand il s’agit de la loi, il faut de la méthode, de la rigueur. Et à ça, Jean-Marc était le meilleur. En une heure à peine, il avait déjà sorti les différents volumes relatifs au droit audiovisuel. Beaucoup de volumes. Cela prendrait du temps de tout lire. Autant s’y mettre rapidement.

Après s’être préparé 18 thermos de café et autant de sandwichs, il était enfin prêt à affronter la bête. Il se plongea dans une lecture intense, griffonnant des notes à chaque fois qu’il trouvait des informations pertinentes pour leur projet. Les heures défilaient. Les litres de café aussi. Sa compréhension des textes augmenta proportionnellement aux cernes qui se creusaient sous ses yeux. Au petit matin, il ne savait plus qui il était. Trop d’informations. Trop de blabla inutile. Pourquoi les textes de lois ne pouvaient pas être davantage lisibles ?

Sur cette pensée, Jean-Marc s’effondra au sol, entouré de livres ouverts, de thermos vides, et de notes prises durant la nuit. Il fût réveillé 14 heures plus tard par le téléphone. Encore pâteux, il lui fallut quelques secondes pour émerger et trouver son téléphone. C’était Yves. Il décrocha. Son rythme vocal était effréné, et Jean-Marc le soupçonna rapidement d’être sous influence d’une substance énergisante, alors que lui-même peinait à reprendre conscience. Il comprit à demi-mot qu’Yves avait entrepris une sorte de marathon de séries, qu’il en était à 18 heures d’affilée, et qu’il comptait en tenir 6 de plus. Pas en état de soutenir la conversation, Jean-Marc prit rapidement congé. Il lui fallait du café. Et ses notes. Elles s’avéraient nombreuses.

Après une toilette réparatrice et un bon café, Jean-Marc s’attela à classer ses notes afin d’en sortir des thématiques. Aspirine. Il avait oublié de prendre une aspirine.

Jean-Marc connait la loi ... et ça donne mal au crâne

Jean-Marc connait la loi … et ça donne mal au crâne

Chronologie des médias

Le sujet le plus simple semblait être celui de la chronologie des médias. Il en avait vaguement entendu parler par le passé mais ne s’était pas intéressé davantage que ça au sujet. Pour le besoin de la cause, il avait tout appris sur le sujet et il se dit qu’ils avaient bien fait de choisir les séries et non les films. D’ailleurs, même si l’idée de diffuser des films les avait titillés à certains moments, la chronologie des médias l’avait définitivement refroidi.

36 mois. 3 ans. Devoir attendre 3 ans après la sortie d’un film pour pouvoir le diffuser sur une plateforme de vidéo par abonnement, c’est assez unique. Pas étonnant que les offres légales ne puissent pas rivaliser avec les offres illégales dans ces conditions. Heureusement, il est bien spécifié dans les textes « les œuvres cinématographiques de plus d’une heure ». Ouf, ça ne concerne pas les séries. Du moins la plupart des séries. Il faudra vérifier pour les séries plus longues.

Comme les textes sont toujours susceptibles d’évoluer, et vu la croissance continue des audiences de séries face aux audiences de films, il faudra surveiller cette chronologie des médias. Et trouver à qui elle profite. Il n’y a pas de problème immédiat, mais Jean-Marc préfère rester prudent. Sujet suivant.

Loi sur les SMAD

Services de Médias Audiovisuels à la Demande. C’est ce qu’ils allaient faire. Et la aussi, il y a des lois. Après avoir épluché les textes concernant les obligations des SMAD, Jean-Marc était plus inquiet concernant les quotas que concernant les financements imposés.

10 millions d’Euros de chiffre d’affaire. C’était la limite au delà de laquelle ils devraient participer au financement d’œuvres audiovisuelles. Autant dire pas tout de suite. Quoique, ça dépendrait du nombre d’abonnés. Il ferait des calculs.

L’autre problème concernait les quotas de diffusion et de promotion. Et là, ils ne seraient pas à la fête. Eux qui avaient prévu de diffuser essentiellement des séries américaines et européennes en version original sous-titrée, ils allaient devoir revoir leur copie. 60% d’œuvres européennes, et 40% d’œuvres en français. Rien que ça! En voilà une belle épine dans leur pied. Jean-Marc avait bien fait de regarder la loi. Il n’avait pas envie de voir débarquer le législateur au moment du lancement.

Le législateur, c'est lui !

Le législateur, c’est lui !

Il réalisa qu’ils ne faisaient qu’entamer leur voyage, et que les embuches seraient nombreuses. Il était maintenant temps de se regrouper et de réfléchir à la suite. Il prit un marteau et partit au domicile d’Yves. Il était temps de le désintoxiquer. Il était accro à ses LED. Plus pour longtemps …