« Votre mission, si toute.. PAN!

– Sonnerie de m… »

Le geste avait été ample et sa main était venue s’écraser sur le téléphone portable, le réduisant au silence. Il devait absolument changer de sonnerie. Et trouver une aspirine. Il s’était embarqué récemment dans un marathon de visionnage de séries, et il en payait maintenant le prix. Café, pizzas et écrans ne faisaient pas bon ménage avec son crâne. Il se leva péniblement et alla allumer son ordinateur. Puis, se trainant jusqu’à la cuisine, il décida qu’au final, mieux valait que l’aspirine soit prise avec une forte dose de café. Il s’en fit aussitôt couler un.

De retour devant sa machine, une tasse du précieux liquide à la main, il prit le temps de lire ses mails. Une fois les innombrables mails inutiles éliminés, il en restait seulement 3 dans sa boîte. Dont un de Jean-Marc. Il se résigna. Les vidéos marrantes de chat devraient attendre. Il lit la missive :

Bonjour Yves,

Comme tu le sais, nous devons construire notre offre commerciale, et afin de ce faire, ce serait souhaitable que nous connaissions les coûts d’achat des séries que nous souhaitons diffuser.

Ta mission, si toutefois tu l’acceptes (ha ha ha, t’as vu j’ai fait une référence à mission impossible), sera de nous trouver des infos sur le sujet.

Bonne chance.

Jean-Marc

Ah ah ah .. hum. Il avait raison, ça ressemblait fort à une mission impossible.

Mission accepted

Vouloir découvrir les prix, ça ressemble à ça

Vouloir découvrir les prix, c’est bien une mission impossible

Après quelques heures de recherche sur la toile, le butin était maigre, très maigre. La seule information intéressante était que chaque contrat était unique. Pas de formule mathématique, pas de prix fixes. Non. Chaque contrat était unique, et toujours secret. Ou tout du moins, pas disponible sur Internet. Yves savait que ce ne serait pas facile, mais il ne savait pas à quel point.

Certains chiffres étaient avancés ici ou là, comme jetés au hasard dans des pseudo-articles. 5.000 €, d’autres à 25.000€ ou encore des chiffres grimpant à 150.000€, et ce pour un seul épisode. Là encore, tout semblait dépendre de l’audience possible et du prix de vente des publicités lors de la diffusion des épisodes. S’il ne pouvait pas trouver les prix d’achat, peut-être aurait-il davantage de chance en cherchant les prix de vente des pauses publicitaires.

Nouvelle aspirine. Nouvelles heures de recherche. Quelques coups de fil. Rien

Il faut montrer patte blanche, être annonceur pour avoir des informations valables. Les articles sur internet révèlent aussi peu d’informations sur ce sujet que sur le précédent. Il est juste fait mention que les blockbusters rapportaient bien plus que ce qu’ils coutaient, malgré des prix élevés. En dehors de ça, les chaînes et réseaux de diffusion ne divulguaient rien.

Pour connaître les prix, pour acheter, il fallait se rendre à Cannes, et être un acteur du secteur. Là encore, c’était mission impossible. Ce salon annuel était le lieu où étaient négociés tous les achats pour la saison suivante, dans des salons privés, entre gens de bonne famille. Arriver en indépendant, avec juste un projet en tête, ce serait totalement inutile. Encore une preuve que le secteur est verrouillé, et qu’il faut mettre un coup de pied dans la fourmilière pour changer les choses.

Mission failed

De ce côté, c’était l’impasse. Mais il restait une autre option. Se tourner vers les producteurs, et vers les distributeurs. Et pour ça, il lui fallait un agent dans la capitale. Ça tombait bien, il en avait un sous la main.

Yves fit appel à Jean-Marc.