Jean-Marc avait bien reçu le message. Il savait quelle était sa mission. Il n’avait pas la moindre idée de comment faire en revanche. Les producteurs, les distributeurs, ce n’était pas son domaine. Il devrait, une fois de plus, faire appel à ses talents d’infiltration. Mais quelle serait son identité pour cette mission ? Quelles légendes fallait-il personnifier ? Il faudrait commencer petit, trouver des contacts, puis remonter la chaîne, jusqu’au sommet. Et il avait la légende idéale pour trouver les contacts.

Roger, le journaliste

Personne ne se méfie de Roger !

Personne ne se méfie de Roger !

Une fois entré dans son personnage, il était temps de commencer les recherches. Le but à présent n’était pas de trouver les informations qu’il cherchait, mais de trouver suffisamment de substance pour créer une nouvelle légende, plus à même de récolter les précieuses informations.

Les gens refusaient rarement de parler à un journaliste. Surtout ceux qui avaient besoin de publicité. Aussi, quand il contacta les premiers producteurs, il ne fût pas surpris d’obtenir plusieurs réponses positives. Et pas mal de négatives. Certains n’ont pas besoin de pub apparemment. Roger n’allait pas se démonter. Il prit plusieurs rendez-vous, avec des producteurs, et aussi avec des responsables dans le domaine audiovisuel.

Ce monde est au final bien loin de ce qu’il imaginait. Pas si glamour ni fortuné que ça en fait. La plupart des producteurs ne roulent pas sur l’or, bien au contraire. Sans les financements du Centre National de Cinématographie (CNC), ils seraient nombreux à mettre la clé sous la porte. Ils sont aussi nombreux à ne pas avoir investi l’univers d’Internet et des réseaux sociaux. Sujet à creuser.

Roger découvrit par ailleurs qu’il existait bien plus de séries que ce qu’il pensait, venues du monde entier, et totalement inconnues du grand public. Pourquoi une telle proéminence des séries américaines dans ce cas ? Il lui fallait monter à l’échelon supérieur. Ce qu’il avait appris lui permit de forger de nouvelles légendes. Il était temps de changer de peau.

Rick, le producteur

L'environnement est tout de suite plus agréable

L’environnement est tout de suite plus agréable

Il était nonchalant, sûr de lui. Rick allait les manger tout cru. Il était maintenant producteur de séries à succès. Des séries finlandaises. Son acolyte lui avait bâti une identité sur la toile, et, grâce à sa tchatche, il pût rapidement prendre contact avec des diffuseurs. Chaînes de télévision, médias internet, ils ne résisteraient pas à son charme.

Les premiers rendez-vous furent concluants. Il avait suscité de l’intérêt chez plusieurs diffuseurs, prêts à négocier des droits de diffusion. Il put ainsi en savoir plus sur les modalités des contrats. Les séries n’étaient donc pas toutes achetées à vie. La plupart étaient en fait sous forme de concession à durée limitée. 2,3 ou 5 ans semblaient être les durées standard. Les prix ensuite, ils étaient variables, et selon un nombre incroyable de critères. Qualité de la série, segment privilégié, audience estimée, nombre de diffusions, il semblait y en avoir une infinité. Pas étonnant qu’ils n’aient pas trouvé de contrats standards. Tout était une histoire d’appréciation.

Au bout de quelques rendez-vous, il se rendit compte que les 2 légendes qu’il avait utilisé étaient en bout de course. Il n’obtiendrait pas beaucoup d’autres infos. Encore une fois, il faudrait trouver une nouvelle identité.

Jonas, l’homme d’affaires

Jonas est dans la place !

Jonas est dans la place !

Il était temps de devenir acheteur. Pas n’importe lequel. Un gros. Beaucoup d’argent, beaucoup de pouvoir. Parmi toutes les légendes de sa collection, Jonas était certainement le plus dur. Intraitable. Presque intimidant. Il allait s’attaquer aux série Mainstream. Il devait jouer dans la cour des grands. Directement auprès des Networks américains. CBS, NBC, Fox ou encore HBO, il devrait tous les contacter, les inciter à parler, à dévoiler leurs secrets et à donner des prix.

Un mois s’écoula. Sans nouvelles de Jonas. Disparu, évaporé. Au bout d’un mois, Yves découvrit Jean-Marc sur son seuil, recroquevillé sur lui-même. Il avait pris 20 ans. Mais un fin sourire éclairait son visage émacié. Yves le savait, Jean-Marc avait trouvé les infos. Jonas ne serait pas mort en vain.