Yves

Il attendait le soleil. Assis près de la fenêtre du salon, il attendait, et regardait. Les jours commençaient à s’allonger de nouveau, signe que le printemps approchait. Bientôt, ils verrait les première lueurs du jour poindre à l’horizon. Il ne se souvenait par de la dernière fois où il avait regardé le jour se lever. Pas durant ces 6 derniers mois en tous cas. Il avait été consumé par ses recherches. Il s’écarta lentement de la fenêtre, et décida de se faire couler un café avant que la maisonnée ne s’éveille. Même le petit-déjeuner semblait être une relique du passé. La machine ronronnait, alors que le précieux nectar coulait et qu’Yves avait le regard perdu au loin.

Ce projet avait pris tellement. Du temps, de l’énergie, et surtout ces moments perdus où il avait oublié de profiter de sa famille. Les petits-déjeuners du week-end, où il prenait le temps auparavant d’aller chez le boulanger chercher des petits pains. Les sorties à la piscine. Les chahutages sur le lit. Les châteaux construits dans le salon ou simplement les moments à discuter avec sa femme. Tout ceci avait quasiment disparu au cours des 6 derniers mois. Et le verdict était tombé il y a peu. Surmenage. Besoin de repos. Ordres du médecin.

Au moment d’attraper sa tasse de café, il entendit les premiers bruits en provenance de la chambre des enfants. Il n’était pas encore 7 heures. Mais c’était le week end. Les enfants ont toujours tendance à se réveiller plus tôt lorsque c’est le week end. Il ne lui restait que quelques minutes pour savourer son café au calme. Tant qu’ils ne se seraient pas aperçu qu’il était déjà levé. Plus tard dans la journée, il y aurait la réunion. L’étape ultime de la première phase. Celle où ils décideraient s’ils se lançaient dans l’aventure. En attendant, il avait du temps. Il n’avait plus de recherches à faire, plus de données à analyser. Il reposa son café, et, avec un sourire, alla chercher les enfants pour qu’ils réveillent à 3 sa femme toujours endormie. Et ensuite, il emmènerait sa fille chercher des croissants. Profiter du moment présent.

Ce sera un réveil tout en douceur ...

Ce sera un réveil tout en douceur …

Jean-Marc

Il s’était levé tôt. Il avait repris ses joggings matinaux. Les derniers mois n’avaient pas été tendre avec sa santé, et il s’était même fait quelques frayeurs. Il avait dû faire quelques examens pour dissiper de sérieux doutes quant-à son état. Heureusement, rien de trop grave. Juste un rythme de vie à changer, à réadapter. Et le jogging matinal faisait partie de ce nouveau programme. Le jour allait bientôt se lever. La météo avait prévu du soleil, même si les températures resteraient basses. Il s’habilla en conséquence et sortit dans la nuit parisienne.

Jean-Marc reprend de bonnes habitudes.

Jean-Marc reprend de bonnes habitudes. Eh oui, il y a la mer, c’est Paris Plage !

Il croisa de nombreux autres anonymes, sortis courir ou plus simplement promener leur chien. Il était toujours stupéfait par la variété de personnes, de vies et de cultures que l’on apercevait dans les rues de la capitale. Une telle diversité dans un écosystème à la fois sale et merveilleux. Il avait beaucoup travaillé dernièrement sur la diversité, cherchant à deviner qui pourrait être intéressé par leur projet, quel serait le profil de leurs futurs abonnés.

Il avait passé ses jours et ses nuits dans des tableaux de statistiques, des rapports d’études et autres sondages. Et alors qu’il égrainait les pas de course au cœur de la ville, il comprit que leur projet viendrait, s’il venait à exister, s’intégrer à cet écosystème. Ils entreraient dans le quotidien d’un grand nombre de familles, les accompagnant dans leurs tablettes, smartphones, téléviseurs. Une pierre de plus à l’édifice. Cette pensée lui mit du baume au cœur.

Il prit tranquillement le chemin du retour et vit les premiers rayons de soleil éclairer les toits de la ville. Son humeur s’améliorait au fur et à mesure que le soleil montait dans le ciel. Une bonne douche, un café, et il serait en forme pour la journée.

Yves

La matinée avait été joyeuse. La première depuis longtemps en fait. Il était maintenant temps de procéder au rituel hebdomadaire. Les courses. C’est toujours un moment à part, les courses. A la fois rebutant parce qu’il y a les allées surpeuplées, la queue à la caisse mais aussi joyeux car toute la famille est ensemble, s’offre des petits plaisirs.

Ah, les files d'attente, quel bonheur.

Ah, les files d’attente, quel bonheur.

Une fois toute la famille installée dans la voiture, c’est donc avec des sentiments mitigés qu’il prit la direction de la grande surface la plus proche. 2 heures qu’il avait appris à considérer comme une perte de temps hebdomadaire, un mal nécessaire pour avoir de quoi manger dans leurs assiettes. En arrivant sur le parking, il ne prit pas la peine de chercher une place proche de l’entrée. Le soleil brillait. C’était l’occasion rêvée pour mettre les enfants dans le chariot et improviser une petite course jusqu’à l’entrée.

C’est avec des éclats de rire, et sous le regard mécontent d’un vigile qu’ils arrivèrent enfin dans le magasin. Alors que la routine reprenait le dessus et qu’il suivait sa femme dans les allées, son esprit vagabonda à nouveau en direction du passé récent. Les recherches avaient été épuisantes, mais l’aventure avait été belle. Exaltante même. Si le projet devait se poursuivre, et il le souhaitait, il faudrait faire des ajustements de rythme de vie. Prendre davantage de temps pour soi. Et puis, tant de belles aventures pouvaient encore survenir sur ce chemin.

Tout à ces considérations, il ne remarqua pas une vieille dame qui débarqua par la droite en face de son chariot. Il la percuta. Et, par réflexe, cria « Strike ! ». Sa femme éclata de rire. Sa fille aussi. La vieille femme pas du tout. Il se confondit en excuses auprès d’elle et promis de faire plus attention. Heureusement, aucun dommage n’avait été fait au char.. aux jambes de la dame. Les courses reprirent leur déroulement habituel, enfin presque. Il était de bonne humeur, ça changeait.

Jean-Marc

Il rejoint quelques amis pour un petit-déjeuner tardif dans un bar parisien aux alentours de 10h. C’était aussi nouveau. Et agréable. Ses amis lui avaient manqué ces derniers mois, et il était heureux de les retrouver pendant quelques heures, pour décompresser. En arrivant au bar, il vit qu’il était le dernier arrivé et s’attabla donc en bonne compagnie. Une fois les embrassades passées, il passa commande auprès du serveur, qui était bizarrement enjoué et agréable, loin du stéréotype du serveur parisien. Après avoir pris des nouvelles des uns et des autres, la conversation revint bientôt vers lui. Que faisait-il de si mystérieux depuis des mois ? A quoi était-il occupé ?

Jean-Marc voulut d’abord leur parler des multiples corps qu’il enterrait dans sa cave et de ses projets de chasse nocturne, mais il n’était pas certain que tous percevraient l’humour. Il se décida donc pour la vérité et leur exposa le projet. Ses amis furent enthousiasmés, et plusieurs propositions d’aide spontanées fusèrent. Un élément de plus pour le persuader. Il commanda un nouveau café, avec un croissant cette fois. Deux heures de plus s’écoulèrent au son des discussions et des rires. Les cafés se transformèrent en bière, puis en vin. Lorsqu’il rentra enfin chez lui, il était joyeux, et ce n’était pas dû qu’à son humeur.

Yves et Jean-Marc

14h. L’heure de la réunion. Yves avait fini de ranger les courses, et avait prévu de jouer avec les enfants un peu plus tard. Jean-Marc prit une aspirine et lança le logiciel de conversation, en espérant que son ordinateur tiendrait le coup une heure de plus.

 – Bonjour Yves, tu vas bien ?

 – Salut Jean-Marc, oui ça va bien et toi, tu as bu ?

 – Bien deviné. Bon comme tu le sais, aujourd’hui, il faut prendre une décision. Nous avons tous les éléments, nous savons vers quoi nous allons et les difficultés que nous aurons à affronter.

 – Oui. Et oui, on y va.

 – Tu es sûr ?

 – Certain. Pas toi ?

 – Si, je suis d’accord. Alors il est temps de penser au planning pour la suite.

 – Oui Jean-Marc, mais pas maintenant. Demain. Pour l’instant, on va prendre une journée pour savourer la vie, et savourer l’idée d’un futur que nous aurons choisi. Demain, on commencera à bousculer tout ce beau monde.

 – Ok. Demain. Demain, quand le soleil se lèvera, le monde sera déjà différent.

La suite au prochain et dernier épisode de cette première saison, la semaine prochaine.