Depuis un peu plus d’une dizaine d’années les entreprises, petites ou grandes, se livrent à une course effrénée pour récolter nos données personnelles (cartes de fidélité, abonnements, newsletters, etc). L’exploitation massive de nos données personnelles est une réalité qui n’échappe plus à personne et qui se conjugue avec une interaction commerciale de plus en plus intrusive.

Ce qui n’était au début que la récolte d’informations statistiques liées au bon fonctionnement des sites web s’est vite transformé en un kidnapping géant des données utilisateurs lors de leur navigation sur internet. Dans le même état d’esprit, certaines informations enregistrées lors d’une transaction commerciale payante ou non, se retrouvent comme par miracle échangées sur la toile.

Après le débordement de nos boites de messageries, voilà le tracking quotidien de nos faits et gestes sur internet grâce aux cookies et autres traceurs. Pourquoi nos données sont elles si importantes pour les entreprises ? qu’en font elles ? Et surtout que valent finalement nos données  ?

porte conteneur

Données personnelles et économie

D’un point de vue économique, il est naturel que les entreprises s’intéressent à leurs clients qu’ils soient physiquement présents dans leurs magasins ou sur le net. D’ailleurs, en matière de fréquentation, l’e-commerce fait jeu égal avec les boutiques physiques.

Ainsi, 95% des Français déclarent avoir effectué au moins un achat dans les enseignes traditionnelles sur l’année, ils sont également 82% à l’avoir fait sur un « pure player », un distributeur uniquement présent sur internet. (l’Express, 17/01/2013). Un des outils les plus connus pour gérer la relation client est le CRM.

Grâce à leurs sites web, la majorité des entreprises se sont installées dans le paysage numérique car c’est là que réside désormais une bonne partie de leurs clients. Il est donc normal de se rapprocher d’eux. Les entreprises multiplient donc les moyens de contacts pour fidéliser leurs clients…où qu’ils aillent ;)

En effet, la moindre interaction, leur donne autant d’indices sur leur comportement d’achat. Ne nous y trompons pas, la concurrence fait rage sur le net et malheureusement tout est bon pour acquérir de nouveaux clients. Cependant, les internautes en sont de plus en plus conscients, d’où les sites d’opinion et d’avis qui renforcent la crédibilité ou pas d’une marque et permettent désormais d’influencer la politique de ces entreprises omniprésentes. Mais force est de constater que ce n’est pas suffisant et nous ne sommes pas tous égaux devant l’utilisation de la technologie.

Stockage et profondeur de l’information

Avec la multiplication de nos transactions commerciales sur le net, nos données personnelles deviennent importantes pour ces entreprises. Elles les stockent dans diverses bases de données et les analysent grâce à des outils décisionnels ou de business intelligence à des fins commerciales. Pour autant, la majorité de ces entreprises ne sont pas des agences de renseignement. Leur motivation est de comprendre le comportement des consommateurs pour leur proposer plus efficacement leurs services ou biens de consommation.

Ce qui est moins clair, c’est que deviennent nos données et que valent-elles. Pour les entreprises numériques, elles constituent à elles seules une source de revenu et cela pose d’ailleurs problème lorsque l’entreprise est vendue. Ce fut le cas l’année dernière de WhatsApp racheté par Facebook.

Concernant  la valeur, elle est proportionnelle à la profondeur de l’information récoltée. Une adresse e-mail et un pseudo stockés n’ont pas une grande valeur pour une entreprise. Elles sont uniquement un moyen de nous contacter. En revanche, si vous ajoutez une adresse postale, une photo d’identité, un téléphone mobile et éventuellement un métier…alors là, ce n’est plus du tout la même histoire. Les entreprises paieraient cher pour obtenir ces informations et elles le font !

La valeur provient de l’exhaustivité des informations définissant un profil. Et lorsque des entreprises veulent lancer un nouveau service et qu’elles n’ont pas la base de prospects visés, elles louent les services d’autres entreprises qui ont rassemblé ces informations. C’est l’échange de données et donc la vente d’informations. Plus une base de données personnelles est complète plus elle vaut de l’argent.

Vie privée/vie publique

Vie privée/vie publique

Responsabilité et protection

Mais au fait, ces entreprises ont-elles demandé notre consentement pour obtenir ces informations et plus encore les monnayer ? Soyons clairs, dans la majorité des cas elles le considèrent comme acquis puisque nous utilisons leurs services. La palme d’or revient bien sûr aux géants du web qui nous contraignent par des choix binaires à accepter leurs conditions générales et particulières (sans cesse renouvelées) pour se protéger d’éventuelles poursuites en justice.

Il ne s’agit pas ici uniquement de déontologie commerciale mais également de responsabilité sociale.
En effet, où se situe la frontière entre vie privée et vie publique ? C’est bien là le problème… Eh bien c’est simple, à partir du moment où vous publiez quelque chose sur internet même dans un mode « privé », les éléments de votre vie privée, si vous les partagez, deviennent publics.
A l’heure où la critique européenne est facile, rendons à César ce qui lui appartient en citant le texte que la Commission, le Conseil et le Parlement européens ont adoptés en avril 2016 relatif aux données personnelles (+ PNR). Selon ce texte  de nouvelles règles sont applicables concernant le consentement, le droit à l’oubli, les enfants et les médias sociaux ainsi que d’autres dispositions dont vous pouvez lire ici le texte complet et ici des extraits.

Le combat pour les données personnelles ne fait que commencer…